"Je lis des vieux livres parce que les pages tournées de nombreuses fois et marquées par les doigts ont plus de poids pour les yeux, parce que chaque exemplaire d'un livre peut appartenir à plusieurs vies. Les livres devraient rester sans surveillance dans les endroits publics pour se déplacer avec les passants qui les emporteraient un moment avec eux, puis ils devraient mourir comme eux, usés par les malheurs, contaminés, noyés en tombant d'un pont avec les suicidés, fourrés dans un poêle d'hiver, déchirés par les enfants pour en faire des petits bateaux, bref ils devraient mourir n'importe comment sauf d'ennui et de propriété privée, condamnés à vie à l'étagère."
J'avais aussi souligné ce texte dans mon exemplaire de «Trois chevaux» d'Erri de Luca. <br />
Magnifique blog! J''y reviendrai avec plaisir.<br />
<br />
Le sort des livres est à limage de notre société : ils nont plus le temps de vivre. On les colle sur les tables des libraires comme des poulets dans leur batterie : cest la rentrée littéraire. Seul deux ou trois titres seront vraiment vendus, ceux que les prescripteurs de culture diront dacheter. Les autres disparaîtront comme ils étaient venus. Au pilon. Autrefois, ils avaient bien sûr le risque de passer un quart de siècle un peu ennuyeux derrière la vitre dune bibliothèque bien encaustiquée, mais un jour ou lautre, ils prenaient le chemin du bouquiniste, et à eux laventure. Sans compter les livres de cuisine qui participaient à la préparation de tous les gueuletons, les petits et les grands, et qui senorgueillissaient de leurs pages cornées et de leurs tâches dhuile ou de caramel. Et sans compter tous les romans qui se cachaient dans une malle au grenier en attendant dêtre découvert par un gamin qui navait pas peur des toiles daraignées.