Wallace Stevens, poète américain, mort en 1955 écrivait peu, prenait son temps, et vivait moitié sérieusement (avocat et assurances), moitié poète. Il reçut le prix Pullitzer de poésie pour l'ensemble de son oeuvre l'année de sa mort. Un de ses aphorismes : « La poésie est une façon de rendre acceptable l’expérience, presque entièrement inexplicable, que l’on est en train de vivre. ».
Voici un poème que j'aime particulièrement ; il aurait pu être écrit par Nicolas Bouvier, on y retrouve l'élégance et la profondeur. Le titre est ironique "la manière de jouer avec la sagesse de la vie".
Lebensweisheitspielrei
De plus en plus faible, brille le soleil L'après-midi. Les forts et les fiers S'en sont allés.
Ceux qui restent sont les inaccomplis, Les définitivement humains, Natifs d'une sphère réduite.
Leur indigence est une indigence Qui est indigence de la lumière, Une pâleur stellaire suspendue aux fils.
Peu à peu, la pauvreté De l'espace automnal devient Un regard, quelques mots prononcés.
Chaque personne nous touche entièrement Par ce qu'elle est et telle qu'elle est, Dans la grandeur fade de l'anéantissement.
Un poème comme une énigmecar on ne sait si le départ des forts et des fiers entraîne un regretou au contraire une satisfactionj'opterais pour le premierles forts et les fiers, ce sont pour moi les Indiens d'Amériqueet ne reste que les visages pâlesles loins de Manitouet pourtantque de respect pour ce qui chez l'humain quel qu'il soit peut encore nous toucher: son invisibilité.merci Marco d'ouvrir encore une fois une page...