Ce sont eux dont je parle : les mots de l’absence. Et les langages du corps, leur ritualisation ; l’importance du regard ; puis en toute hâte, soudainement, les peaux rose pâle se sont tues en traversant les blanchiments du temps. Je me remis à songer à toi. A vous. Vous encombriez mes pensées. La pluie que j’ai entendue jouer sur les dalles de tes absences. Dans mes douleurs reconduites : la grappe de ton sexe, la steppe de tes yeux. Que j’aie souvenance de toi ! Du noir, j’en revins, avec ses grandes stries qui m’avaient aveuglé, et les stridulations menaçantes de tes chansons.
Vous plaisiez, vous riiez : en ces temps là, je vous vouvoyais, et tes crevasses étaient mes impasses ; en peau de nylon ou de satin, jolie, défilait droit votre long corps. Je craignais tes départs ; un jour, un seul suffit. Vous cédâtes aux tentations premières d’autres blondeurs, d’autres mains, une gestuelle et un sourire différents… Pourtant tous deux nous avions décidé d’abroger la mort et ses cortèges du mal ; immortels disiez-vous… La grande séparation vint alors, avec une brutalité inouïe. Je me souviens – et ce fut la seule fois dans ma vie – avoir senti battre mon cœur comme autonome et ressenti ma douleur l’enserrer comme une gangue, une forte poigne. Je pouvais définir les contours tellement ils faisaient mal, déjà une cartographie du mort. Je pouvais dessiner la silhouette de mon cœur brutalement saisi. Je craignais tes retours, tu ne revins jamais. J’ai laissé là alors dans la corbeille de ce premier amour une grosse part de mes joies de vivre. Mes dons de comédien, mes talents d’orateurs, mes vêtements multicolores, mes tentatives de peintre. Imbécile me disait-on ; on ne meurt pas si tôt. Aie courage, pensais-je. Je fuyais par la fenêtre de ma chambre ; puis le long de la Loire, comme tout le monde, ma peine coulait. L’eau grise pourtant rassurante n’effaça jamais. Le sable pourri et rance demeurait. Depuis je marche dans les sentes rayées où alternent gaietés et noirceurs, ombres et lumières, chants et silences. Le « tout coloré » s’en est allé de l’autre côté du tableau.
Ce qui lie votre vie aux mots, c\\\'est sans nul doute le temps, cher Marco!<br />
Le temps, avec sa fuite, ses regrets mais aussi le Bescherelle !<br />
Avec vous, grâce à vous, le temps ne s\\\'engloutit pas, vous le réanimez et le passé simple et le plus-que-parfait deviennent dans leur choc, dans leur utilisation décalée, associée au présent, un creuset de sens et une confusion de sentiments.<br />
Le passé simple vous réussit bien... <br />
La Loire, toujours là, pour boire vos chagrins et vos rêves...
c'est d'une puissance rare, et je dois dire, Marcosincèrementque j'ai cru jusq'à voir l'image que ce texte poéme était de ta plume tant je ressens ces stries du noir souvent dans tes textes et poèmesce momentJe me souviens – et ce fut la seule fois dans ma vie – avoir senti battre mon cœur comme autonome et ressenti ma douleur l’enserrer comme une gangue, une forte poigne.que c'est bien vu