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mes poésies et petits textes, mes coups de coeur : livres, poésies, chansons poétiques, artistes divers...

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rêve ou souvenir d'enfance


la petite fille / émile Munier, 1879




Je me retire
Je m’étire
Je me réveille dans mon enfance tourangelle. Ou je m’éveille. Je ne sais, je suis perdu dans tous ces onirismes. En toutes hallucinations. Anxiété et coups sourds dans les oreilles.

    La pluie à l’extérieur rend la vieille ville lasse et grasse, un gris acier comme une chape de misère. Houille fatiguée. Escarres en longues écailles pestilentielles.
Les cathédrales n’illuminent plus. Elles sont à quai. Les marins tournent en rond, ivres de trop d’histoires racontées. Les petits enfants longent les murs craignant les loups. Les prostituées sont absentes rendant la ville trop silencieuse, manquant d’humanité, une ville ayant perdu son sexe.
L’eau sale coule et tourbillonne autour des piliers, bois morts et sacs plastifiés se noient puis ressortent. Même les ponts ont l’air malheureux. Tout est silence dans le gris et la pluie de l’orage n’apparaît pas. Le fouillis des toits donne un peu d’opalescence dans cette atmosphère terne, proche du noir. Les ardoises opalines donnent cependant à espérer. Tout apparaît dans une teinte monochrome impossible à définir. Une jonchée de couleurs identiques.

La petite fille en jupette blanche tout à l’heure est passée, récitant sa fable d’écolière zélée. Plus tard femme elle sera. Comment lui dire ? Elle marchait sur ce trottoir sautant un pavé sur deux. Sans gêne, ses jambes hâlées, son souffle d’été. D’autres ont dit qu’ils l’avaient entendu chantonner ; un jour le sang rouge en couleur coulera des cuisses. Sur cette peau blanche, l’ocre dira un ovale de plaisir. Ah ce passage-là. Prendre sa main, je suis moi aussi cet écolier. Je la dépasse là, pourquoi ne pas lui parler ? Un feu nous oblige à l’arrêt. Ses cheveux bruns, mouillés, trempés, tu as arrêté de chantonner, de sautiller. Mes premières amours, ma première amie, Sonia je l’avais ainsi baptisée, d’un coup dans cet orage te voilà femme avec poitrine et regard dur. Une sauvagerie d’un autre monde, le pouvoir des femmes. Séduction. Femme, soudainement. Et moi aussi adulte, grandi d’un coup. A ce feu rouge, me voilà moi aussi grande silhouette et ombre agrandie. Et un regard d’homme abruti.
Et puis la petite fille est repartie sous la fine pluie calmée, on l’entendait encore chantonner.
Sa démarche sautillante évoquait une fée.
Les rayons du soleil apparaissaient comme des doigts hypnotiques, ophiures ensorcelées. La ville redevenait normale, le fantastique s’échappant dans les égouts en lanières arc-en-ciel.

Je ne savais plus l’âge que j’avais, j’errais dans ce rêve, doux cauchemar, et le souvenir triste de ne pas lui avoir parlé. Ah ! Si. Je sus mon âge lorsque j’achetais un sandwich au fromage au lieu d’un pain au chocolat.


la puberté / Edward Munch, 1903, eau-forte
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M
merci if
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I
c'est beau Marcoce que tu écris là
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F
oui puisée de très loin<br /> je devais être en 5ième ou 4ième :-)<br /> et je me rappelle incroyablement bien du visage de cette petite fille<br /> (et même la rue avec le feu)<br /> pourtant dans d'autres cas ma mémoire est très insuffisante<br /> bien sûr ensuite il y a les mots adultes qui ne sont jamais justes
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M
Il y a des innocences assassines, de celles qui engendrent des regrets, inspirent des regrets, tordent le coup aux rêves... Il reste la peinture, l'écriture pour atténuer une certaine perte de soi.<br /> Texte qui chante les couleurs du noir... Une émotion profonde, puisée de si loin!
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L
Un texte qui m'émeut vraiment.<br /> Merci
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